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SCULPTURES & ECRITURES BUISSONNIERES

La pureté est le pouvoir de contempler la souillure (S Weil) 

L'Immaculée Conception

Chapitre 1 Dominique

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Chapitre 1

Dominique

6 septembre. Ca y est, la semaine de la rentrée est achevée. Rien à signaler de particulier, si ce n’est qu’il faudra sans doute que j’aie les Terminales B à l’œil. Trois nouveaux collègues aussi : deux femmes, un homme. Pas mal, le type, prof d’histoire-géo, la trentaine, genre bellâtre nordique, un peu classique dans son look. Pas mon genre de toute façon ! Longue conversation ce soir avec Pascal sur la place de Burdignin. Il a de gros problèmes avec son gamin, qui vient de reprendre ses cours au centre d’apprentissage. Pascal et Chantal s’inquiètent de sa consommation d’herbe. C’est vrai que la gamin ramène chez eux tous les jeunes paumés de la vallée. Quand je passe devant chez eux, il y a toujours maintenant trois ou quatre petites motos. Je ne voudrais pas être à leur place, à Pascal et Chantal. J’ai donné en mon temps ! Samedi matin dernier, on est allés, Mohamed et moi, à l’Emmaüs de Thonon. J’y ai trouvé quelques vieux bouquins de littérature et de sociologie. Mohamed s’est acheté d’anciens numéros de Connaissances des Arts, une petite commode. Elle devrait servir à ranger son matériel de peinture dans l’atelier, on peut toujours rêver ! Il a aussi acheté trois petits cadres photos, pas pour les photos, mais pour l’encadrement. En arrivant à la maison, Mohamed a enlevé les photos des cadres, pour y mettre des photos à nous. Lorsqu’il a démonté le plus grand des cadres, cela a été la surprise : la photo représentait un cavalier avec bombe et cravache, à cheval, dans un paysage de haies et de prés arborés. On distingue à peine son visage : on devine qu’il est plutôt brun, avec une belle moustache noire. L’homme est plutôt mince, trente ou quarante balais. Aucune recherche d’effet artistique sur la photo. La surprise, c’est qu’il y avait d’autres photos plus petites derrière celle au cavalier. Trois photos. Une toute petite d’identité : une tête d’ado souriant, brun, cheveux mi-longs, avec une ombre de moustache, des yeux noirs, plutôt doux, en pull col roulé rouge. Deux autres photos en couleur ; sur celle qui était le plus en dessous, on voit un jeune homme accroupi sur une pelouse, pris de face. Il est presque nu, on aperçoit un slip de bain noir, minimal. Plutôt bien bâti, mais pas du genre costaud, non plutôt du type nerveux, pas très poilu. Il a comme un sourire énigmatique. C’est manifestement le gamin de la photo d’identité, quelques années après. Plutôt mignon ! Sur la dernière photo, on voit le même jeune homme. C’est manifestement le même jour que la photo précédente : on y voit la pelouse. Le ciel est identique d’une photo à l’autre. Le jeune homme est debout, de dos, complètement nu cette fois-ci, le visage tourné comme pour voir derrière lui. Il sourit encore. Son bras gauche est tendu en l’air, à hauteur de tête. Dans son poing serré flotte son slip noir comme un petit drapeau. Il a de belles fesses charnues, des épaules larges, des hanches étroites. On devine l’ombre de ses poils entre les fesses. Mohamed et moi, on s’est mis à fantasmer sur ces quatre photos. Qui ça pouvait être ? Est-ce que c’était en Haute Savoie ? Qui avait pris les photos ? Est-ce qu’il était encore en vie ? A quand elles remontaient ? Moi, je me suis dit que j’allais garder cela, pour une nouvelle à venir. Avec le recul, j’ai trouvé que de regarder ensemble ces photos, le corps de cet homme, entre l’ado et le cavalier, c’était du voyeurisme. J’en ai éprouvé du plaisir et presque de la honte. Enfin, on verra ce que j’en ferai comme histoire. Dimanche matin, je suis tombé sur les Vennoz, à la superette de Boëge. J’avais décidé de faire du colin au four, sur un lit de poireaux, et je n’avais plus de câpres et de citrons. Mohamed s’était levé avant moi et s’était réfugié dans l’atelier pour peindre. Je crois bien que les quatre photos l’inspirent aussi. J’ai invité les Vennoz à venir prendre l’apéro en sortant de la superette. Mohamed a quitté son atelier lorsqu’ils sont arrivés : il commençait à avoir faim, et la faim fait sortir le loup du bois ! Conclusion : ils nous invitent à passer le réveillon de Noël. Ils étaient un peu sans le moral, les Vennoz, aussi bien Marie que Joseph. L’été dernier, quand ils étaient venus ici pour un repas barbecue, ils nous avaient parlé de leur problème. Ils ne peuvent avoir d’enfant. Joseph est stérile. On sent bien que cela les ronge, elle surtout. J’arrête, c’est l’heure du nouvel épisode d’Oz sur Série Club. Allons, allons, mon petit Dominique, un peu de raison quand même, ce n’est jamais qu’une fiction, et parmi les pires qui soient ! Oui, oui, mais j’aime cela. Et Mohamed aussi.

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